Pendant longtemps, on a vu la mycorhize comme un simple troc : des sucres contre des minéraux. Les recherches des dernières décennies ont révélé une réalité bien plus riche.
Un même réseau mycélien peut relier simultanément plusieurs plantes et plusieurs arbres, parfois d’espèces différentes. Il se forme alors de vastes trames souterraines à travers lesquelles circulent non seulement des nutriments, mais aussi des molécules de signalisation. Autrement dit, la forêt dispose d’une infrastructure de communication.
Des expériences ont montré que certaines plantes modifient leur comportement après avoir reçu, via ce réseau, des signaux émis par des voisines en situation de stress — une attaque d’insectes, une sécheresse. Comme si l’alerte d’un arbre pouvait préparer ses voisins à réagir. Ce sont ces découvertes qui ont fait naître l’expression imagée de Wood Wide Web, en clin d’œil au World Wide Web.
On observe par exemple que de grands arbres mères, bien exposés à la lumière, semblent capables de soutenir de jeunes pousses encore à l’ombre, en leur transférant une partie des ressources via le réseau fongique. De jeune à vieux, de malade à bien-portant, les flux ne vont pas toujours dans le sens que l’on imaginerait. La forêt fonctionne, par endroits, davantage comme une communauté que comme une simple juxtaposition de concurrents.
La prudence scientifique reste de mise : l’ampleur, le sens et les mécanismes exacts de ces échanges font encore l’objet de débats au sein de la communauté des chercheurs. Mais le constat de fond est désormais solide. Les arbres d’une forêt ne sont pas des individus isolés se disputant la lumière ; ils s’inscrivent dans un tissu d’interdépendances dont le champignon est le maillon central.